bonheurLe thème : Le bonheur, comme l'indique le titre clin_oeil.
Philippe Delerm nous peint des tableaux de vie où l'on rencontre le bonheur au détour d'une groseille, d'un port ou d'une vieille affiche. En une trentaine de textes courts, tour à tour tableaux ou bavardages, il partage avec nous ces instants gorgés de douce magie.

Mon avis : very1happy TRÈS PLAISANT !
Le style est poétique, parfois un peu complexe, mais jamais lourd ou prétentieux. Certaines phrases, certains passages sont tout simplement sublimes. A lire par petites gorgées, de temps en temps, lorsque tout est silencieux autour de nous et...en nous...

Première phrase :
Le bonheur est fragile.

Morceaux choisis :

"Il faut imaginer Sisyphe heureux." je le croirais si je savais qu'on lui donnait le droit de s'arrêter quelques secondes de pousser sa pierre. Alors, parce qu'il aurait choisi de ne rien faire, choisi quelques secondes, elles deviendraient l'éternité, bonheur du corps, grand vide dans la tête, le vent sur le visage et l'odeur de la terre...[...]Tous ces petits bonheurs si simplement gagnés parce que le temps peut s'arrêter, et mesurer l'effort avant de repartir, tous ces petits bonheurs comptent dans une vie, font la terre plus douce, le plaisir meilleur, et Sisyphe va s'arrêter. Tant pis pour la malédiction des dieux. Le vent souffle sur son visage un air de liberté, comme la terre est belle ! Comment avait-il pu ne pas la regarder ? Le monde est un spectacle, le bonheur ne se compte pas. La pierre a dévalé la pente, peu importe. C'est un matin de plein été, et l'air est comme l'eau, juste avant le soleil de la journée. Il faut imaginer Sisyphe heureux. [extrait de Le bonheur de Sisyphe]

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- Ça, c'est l'Etoile du berger. Sais-tu pourquoi on lui donne ce nom ? Et ça, c'est la Grande Ourse !
Sais-tu pourquoi ? Les enfants disent non, pour faire plaisir aux grands. Cela ferait tant de peine aux adultes si on ne laissait s'écouler la maigre explication qu'ils tiennent en réserve. Ils n'expliquent jamais la paix du soir, le poids du jardin endormi, l'odeur de la menthe sauvage, et la douceur du pull marin juste un peu rêche sur les avant-bras. Pourtant, c'est d'abord ça regarder les étoiles. L'étoile disséquée, isolée de l'été, n'intéresse personne. Mais les grands sont ainsi. Ils font toujours semblant de posséder le monde, avec une petite phrase sèche et sans recours. [extrait de Les marées d'équinoxe]

Références :
Le bonheur, Philippe Delerm
Éditeur : Gallimard. Collection : Folio (décembre 2006, 1ère parution : 1986)
163 pages, 5,30 euros
ISBN : 978-2-07-033930-3