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L'histoire : Monsieur Linh est un vieil homme asiatique qui fuit un pays dévasté par la guerre. Il a tout perdu. Tout, sauf sa petite fille, qui devient sa raison de vivre. Elle n’a que six semaines lorsqu’elle quitte par bateau son pays natal, le pays de ses ancêtres, dans les bras de son grand-père. Ils arrivent tous deux dans un pays totalement inconnu, froid et sans odeurs. Un centre de réfugiés les accueille. Commence alors pour le vieux monsieur une nouvelle vie dans un pays très différent du sien, où les seules personnes qui parlent sa langue sont celles du centre. Au milieu de tout ce gris, un unique soleil continue de briller dans le cœur de monsieur Linh : sa petite fille. Bientôt, Monsieur Linh va rencontrer quelqu’un de tout aussi seul que lui, un exilé au sein de sa propre vie, qui, comme lui, a perdu ses repères.

Mon avis : very1happy TRÈS PLAISANT !
La petite fille de Monsieur Linh est un très beau livre : il est doux, poétique, émouvant. L’écriture est subtile et épurée. Beaucoup de choses sont suggérées, car l’histoire se fonde essentiellement sur la façon dont le grand-père vit (et voit) les choses. Ainsi, aucun nom de ville ou de pays n’est donné. L’absence de données spatio-temporelles précises donne au récit une dimension légèrement intemporelle et universelle. Ce monsieur Linh, c’est peut-être votre voisin de pallier, ou cet homme que vous croisez dans la rue. Monsieur Linh, ce sont tous les hommes qui ont vécu des atrocités, qui ont dû fuir leur pays pour un autre où la vie est certes plus douce, mais où ils sont seuls et perdus, ne connaissant rien ni personne. Une lueur réchauffe leur âme : les liens, parfois silencieux, qu’ils peuvent tisser avec d’autres hommes.

Morceaux choisis :

Parfois, il murmure une chanson à la petite, toujours la même, et il voit les yeux du nourrisson s’ouvrir et sa bouche aussi. Il la regarde, et il aperçoit davantage que le visage d’une très jeune enfant. Il voit des paysages, des matins lumineux, la marche lente et paisible des buffles dans les rizières, l’ombre ployée des grands banians à l’entrée de son village, la brume bleue qui descend des montagnes le soir, à la façon d’un châle qui glisse doucement sur les épaules.

***

Le vieil homme s’approche de la fenêtre. Le vent n'agite plus le grand arbre, mais la nuit a fait éclore dans la ville des milliers de lumières qui scintillent et paraissent se déplacer. On dirait des étoiles tombées à terre et qui cherchent à s’envoler de nouveau vers le ciel. Mais elles ne peuvent le faire. On ne peut jamais s’envoler vers ce qu’on a perdu, songe alors Monsieur Linh.

Anecdote : c’est Philippe Claudel, l’auteur du roman, qui a dessiné la couverture du livre. Rappelons, pour les Lorrains, que Philippe Claudel est meurthe-et-mosellan !